mardi 3 avril 2007

Rhésus de Héléna Marienské.

Ceci est une ancienne recension que je poste ici au titre de premier billet de ce blog :

Bon, je l'ai donc lu et, en grande partie, apprécié. Il faut dire que l'on a un peu de mal à rentrer dans le roman quand, pour se faire, on interrompt sa lecture de Tirant le Blanc. Le style n'est pas exactement le même. Ou plutôt, le choc est d'autant plus brutal que le récit qui ouvre le livre (car celui-ci présente plusieurs voix par l'intermédiaire de journaux intimes, toutes ayant leur propre style, leur propre point de vue, et même davantage encore - j'y reviendrai) fait penser à du Angot. Des "je" partout, des phrases prosaïques voire carrément plates, un journal... L'explication est simple et néanmoins on sent déjà poindre une malice bienvenue chez H.M. : c'est un écrivain amateur qui s'y colle pour commencer (deux des voies narratives sont en effet portées par des avatars d'écrivains professionnels : une vieille lesbienne accroc au porno et aux jeux vidéo - comment ne pas l'aimer ? - et un académicien légèrement décati des plus sympathiques). L'histoire ? Difficile de dire qu'il y a "une" histoire. H.M. n'a pas simplement multiplié les points de vue sur une même réalité en jouant sur les différences induites par la subjectivité de chacun. Non, ce sont des réalités différentes qui nous sont narrées. Le récit progresse donc, tout du long, de manière saccadée : le passage d'un chapitre à l'autre produisant une discontinuité et un décalage qui affectent la trame même des événements. Sans doute cela se fait-il au détriment de la cohérence mais en décloisonnant l'espace des possibles, H.M. multiplie les portes de sorties. A cet égard, beaucoup de lecteurs semblent ne pas avoir apprécié l'avant-dernier chapitre et son lot de "révélations". J'utilise les guillemets car de révélations il ne saurait être question dans un univers aussi mouvant : il s'agirait davantage d'alternatives envisageables, de mondes possibles... Chaque embranchement appartient à une réalité et, donc, à un univers différent. Les personnages sont les mêmes mais leur passé, leurs attitudes, leurs motivations, leur destin, eux, ne le sont pas (à ceci près que ce sont des variations sur un même thème ce qui explique que le livre et, plus encore, l'intrigue, se tiennent malgré tout). Libre à vous bien évidemment de privilégier l'un de ces mondes possibles, de "l'axiomatiser" à votre guise, et d'envisager "la réalité" à travers son seul prisme - je pense que tout lecteur agira plus ou moins de la sorte...

Bref, pour en revenir à l'histoire, elle débute de façon toute simple : des vioques dans une maison de retraite attendent la mort, résignés. Dit comme ça... Mais, un ferment de révolte est d'ores et déjà décelable : loin d'être de simples zombies interchangeables, ils ont des origines et des personnalités bien marquées et, très vite, avant l'arrivée - tardive - de Rhésus (le bonobo), et même bien avant, c'est l'explosion. Ces braves gens, las de cette vie qui n'en a ni la saveur ni les attributs, reprennent goût à l'existence, se séduisent et développent une sexualité assez débridée (elle le sera encore bien davantage dans sa déclinaison simiesque). Le scandale qui s'ensuivra (les héritiers et l'encadrement de l'hôpital ne cachant pas leur consternation devant des comportements jugés inconvenants) remontera jusqu'aux sommets de l'état où deux clones de Sarkozy et Villepin se livrent à une guerre sans merci (la description de "Sinusy" est d'ailleurs assez réjouissante). C'est également la guerre à l'hospice et celui-ci se mue en une place forte que tentent d'investir les forces de l'ordre (incarnées par des CRS) quand arrive le messie, Rhésus. A la différence de Théorème, il ne fait pas tout voler en éclat - l'insurrection ne l'ayant pas attendu - mais il apporte aux pensionnaires (et à l'auteur, ainsi qu'elle le confesse dans le dernier récit) l'espoir, le rire, et la légèreté, ses muscles et... des fellations à tout va. Je n'en dis pas davantage (sachez juste que ces incidents auront des répercussions très importantes sur l'organisation de la société ; enfin, d'après Witold...).

On notera également de nombreuses références et citations insérées dans le texte (la liste des auteurs cités apparaît en dernière page).

C'est drôle (surtout les situations qui relèvent de la farce), enlevé, bien vu par moment, parfois on reste aussi sur sa fin (en fonction du tour nouveau pris par le récit - chacun aura son "univers" de prédilection), et l'écriture, forcément changeante pour un tel exercice ne m'a pas non plus rebuté ni déstabilisé (pourtant, j'étais encore sous l'effet du grand style de Martorell...).

Pour un premier roman, c'est bien. Je ne dis pas très bien car, sur les quelques 300 pages que compte le livre, j'en ai apprécié environ 130, ayant eu un peu de mal à rentrer dedans et ne croyant guère à la fin ainsi qu'à ses "rebondissements" et autres "révélations".

Faiblesse de lecteur ?

Il sera intéressant en tout cas de suivre H.M. pour voir de quel bois sera fait son second roman...

5 commentaires:

Holly Golightly a dit…

Le lecteur n'est jamais faible ; il faut en tout cas adopter ce principe quand on écrit.
Tous mes voeux à ce journal nouveau-né. Longue vie à lui !

Z a dit…

Merci infiniment !!!

Le lecteur, non, mais moi... ;)

Wictoria a dit…

Je n'ai jamais lu Angot, est-ce primordial ?
"Doctorant en Philosophie", ça ne jette
pour "l'île aux trésor", tu ne pouvais certes pas mieux écrire...

Z a dit…

Bienvenue Wictoria.

Sur Angot : oh, non ! Au contraire :))

Je peux assurer qu'au jour le jour mon statut de doctorant n'a rien de glamour ;)

Concernant Holly et son JIACO, je me dois de nuancer quelque peu mon rapprochement : point n'est besoin, en effet, de creuser profondément pour trouver les trésors de son île. Il suffit de tendre la main et d'ouvrir les yeux.

Holly Golightly a dit…

Oh, Angot, c'est à peine bon pour servir de papier toilette.
Oui, être doctorant n'est pas une partie de plaisir, surtout quand on le prolonge indéfiniment comme moi...
Trop aimable, Z., bien trop.